Le Néant

Publié le par Eryndel Lùvalan

Ecrit le 28 janvier 2009

Je courais sans fin dans l'obscurité. Où étais-je ? pourquoi courais-je ? Il m'était impossible de le déterminer. Dans mon esprit aussi, il faisait nuit noire.
A quoi bon courir ? Je ne voyais pas où j'allais. Je m'arrêtai donc. Curieux... Je n'étais même pas essoufflée... Je me baissai pour tâter le sol et ne rencontrai que le vide. Il n'y avait rien, absolument rien autour de moi, que l'obscurité : ni froide, ni chaude, ni pesante, ni légère, c'était juste une absence de lumière.
Curieusement, je ne ressentis nulle peur. Juste une sorte de curiosité : qu'allait-il se passer ensuite ?
La réponse m'apparut vite. Quelque chose apparut au loin : pas une lueur, non... Ou alors, une lueur noire, plus noire que le néant environnant. Intriguée, j'avançai en sa direction. Plus j'approchais, plus l'ombre rétrécissait : éternel cauchemar de mon enfance... Seulement, plus elle rétrécissait, plus l'obscurité s'estompait, dévoilant un paysage marin aux odeurs d'embruns. Le bruissement des vagues me parvenait enfin.
 "Curieux, pensai-je. C'est le même phénomène qu'avec une lampe : plus on l'éloigne, plus la lumière s'estompe et plus l'ombre gagne. Mais là, c'est l'inverse..."
Désireuse d'en savoir plus, j'avançai encore. Bientôt la boule d'obscurité se réduisit à une bille, et en tendant la main, je pus la saisir. Elle ne pesait rien dans la paume de ma main. En passant un doigt sur la surface de la bille, je ne sentis rien, et pourtant, je ne passais nullement au travers... C'était comme caresser le vent, ou saisir une pensée. Oui, une pensée. Et elle ne demandait qu'à prendre forme. Je l'étirai, la malaxai, la sculptai, rêveuse. Quand je me reculai enfin pour contempler mon oeuvre, je découvris, là, sur le sable d'un or grisé, une masse étrange, informe, changeante. C'était donc cela, mon esprit ? Incapable de se fixer, de se décider, incapable de précision ? Non, ce n'était pas possible, ce ne pouvait être moi ! Je fis quelque pas en arrière, les yeux fixés sur ce cauchemar. N'avait-elle pas grossi ? Ne me regardait-elle pas ? Impossible, elle n'avait pas d'yeux...
Et pourtant...
La chose goudronnée ouvrit grand la bouche, ses mâchoires grandissant démesurément... Je tournai les talons pour m'enfuir, en vain... L'obscurité me rattrapa, et m'enferma de nouveau tandis que je fermais les yeux, finalement atteinte par la terreur qui refusait de se manifester au départ...
J'attendis dans le noir, paupières serrées et coeur battant, de disparaître, digérée par le néant... Mais rien ne se produisit. J'ouvris finalement les yeux...

C'était un rêve.


©eryndel

Publié dans textes brefs

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L
Tchouang-tseu, je crois! J'adore cette phrase, découverte il y a bien des années dans l'univers du "Monde de Sophie"...!
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E
<br /> Ok ! ce doit être cela. Merci de me l'avoir rappelé :)<br /> <br /> <br />
L
Étranges sont les rêves, dont certains semblent parfois plus réels que la réalité elle-même... Reste à savoir si ces rêves sont censés nous révéler une part inconnue de nous-même, où s'il ne s'agit... "que de rêves"...J'aime bien ce texte.Bonne journée!
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E
<br /> Merci ^^ Intéressante réflexion sur les rêves et la réalité, qui me rappelle cette phrase, d'un auteur dont j'ai oublié le nom... "Suis-je un homme qui a rêvé d'un papillon, ou un papillon qui rêve<br /> qu'il est un homme ?"<br /> Bonne journée.<br /> <br /> <br />