C'était écrit - Chapitre 1

Publié le par Eryndel Lùvalan

Voici, retravaillée un peu, une nouvelle d'une vingtaine de pages que j'ai écrite quand j'étais étudiante. Elle est imparfaite, mais je souhaiterais néanmoins vous la faire découvrir.

Découverte

Dans le monde "réel"

"Le Chef de Guerre Taciturne regarda fixement Ylin qui, là-bas, le défiait avec ses amis, une fois de plus. « Attaquez », ordonna-t-il froidement à ses troupes. Et dans ses yeux glacés bouillonnait un volcan. « Attaquez ». Ce seul mot provoqua le déferlement de ses hordes de lupâos."

 

Marie cessa d’écrire et, à court d’idées, regarda le plafond. Dire que son récit touchait à sa fin... Elle savait parfaitement comment il s’achèverait : l’héroïne mourrait de la main de son ennemi. C'était impératif, il ne pouvait en être autrement. Elle se refusait à clore son roman sur une happy end insipide. Mais comment faire ? Comment enchaîner l’immense bataille et le duel à mort ? Les compagnons d’Ylin feraient-ils diversion pour qu’elle puisse atteindre le Chef de Guerre Taciturne ? L'armée de créatures volantes était trop imposante, cela ne paraîtrait pas crédible. Se fraierait-elle un chemin jusqu’à lui en frappant à mort les lupâos ? Bah ! Encore plus farfelu. Mourrait-elle en tuant son ennemi juré ou serait-elle dépassée par la horde de monstres ? En soupirant, découragée, la jeune femme se prit la tête entre les mains. Il fallait finir ce livre ! Il le fallait !

 Cette artiste en herbe âgée de dix-neuf ans en était à son deuxième roman. Le premier n’avait eu qu’un succès mitigé. Et encore... Il s'était surtout perdu dans le flot de nouveautés publiées sans discontinuer, sans qu'il y ait vraiment une distinction entre le bon et le mauvais. Néanmoins, loin de se décourager, elle avait décidé de persévérer.

Pourquoi ? Parce que l’écriture était son seul réconfort. Le monde réel ne lui avait rien apporté : il n'était qu'une suite sans intérêt de jours toujours semblables. En revanche, chaque fois qu’elle se penchait sur une feuille de papier, son stylo de nacre en main, elle avait l’exaltante sensation d’échapper enfin à une entité qui dirigerait ses actes. Oui, enfant déjà, quand elle se plongeait dans des mondes imaginaires, elle se sentait libre. La première fois qu'elle avait réalisé cela, lorsqu’elle avait confié cette impression à ses parents, ils avaient souri avec indulgence. Oui, l'imagination n'avait pas de limites ; et oui, c'était normal qu'elle ne se sente pas libre de faire tout ce qu'elle veut : il y avait des lois, des règles de conduite, dès lors qu'on vivait en société. Ils n'avaient rien compris. Quand elle expliquait qu'elle ne se sentait pas maîtresse de sa vie, elle voulait dire qu'elle s’était surprise à agir contre sa volonté ; il lui arrivait même de ne pas pouvoir bouger quand ses sens lui criaient de faire un mouvement. Comme ce jour malheureux où un enfant s’était jeté sous les roues d’une automobile : elle n’avait pas réussi à le prévenir ou à l’en empêcher, malgré toute sa bonne volonté. Ses membres tétanisés n'avaient pas répondu aux injonctions alarmées qu'elle leur envoyait. Comment ne pas être fataliste, après cela ?

Oui, vraiment, songeait-elle, les tragédiens antiques et leurs successeurs classiques n’avaient pas tort : le Destin existait. Sans cela, elle serait capable de faire ce qu'elle désirait... Il savait depuis toujours ce qu’Il ferait subir à toute forme de vie. Il savait comment Il les ferait vivre, mourir, souffrir, et était prêt à tout pour empêcher quiconque de contrecarrer Ses projets.

Et, bien sûr, personne ne pouvait Lui résister...

Une fois encore, elle eut l’impression d’être observée, comme si quelque indiscret avait le pouvoir de percer le toit et le plafond du regard. C'était absurde. En tout cas, n'importe qui d'autre aurait trouvé cela absurde. Mais pas Marie.

 

Publié dans C'était écrit

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Y
<br /> <br /> Bonjour Eryndel<br /> <br /> <br /> la vie aussi est un grand livre qu'on découvre page après page<br /> <br /> <br /> Cette Marie ne ressemble-t-elle pas à l'Eryndel de 19 ans ?<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Bonjour Yves ! C'est fort probable, en effet. J'ai du mal à me souvenir de ce que j'étais à cet âge-là.<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> <br /> Je ne sais plus si j'ai déjà mis un commentaire ici ou sur facebook. Bref.<br /> <br /> <br /> Je tiens à dire que je connais ce sentiment d'évasion que procure une passion (et pas seulement l'écriture : la lecture est un très bon moyen !) Et que tu l'as très bien décrit et fait partager.<br /> <br /> <br /> J'aime ton style, simple et sans fioritures. c'est calme, c'est beau, c'est agréable à lire =)<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Merci louha, contente que ça te plaise. :)<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> <br /> Bonsoir Eryndel <br /> <br /> <br /> Et bien ta plume à retrouvé de la vigueur <br /> <br /> <br /> Comme il est très tard je reviendrais demain ou dans le weekend te lire <br /> <br /> <br /> Bonne nuit <br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Bonsoir Tony Yves ! Viens quand tu veux, et quand tu as le temps ! :) Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> <br /> Gare aux répétitions (ex : insipide)<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Ah, bien !  Merci de me l'avoir signalé, Syl ! :)<br /> <br /> <br /> <br />
R
<br /> <br /> Tout est écrit dans la vie les joies peines les chemin pris aussi....Bisous<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Bien dit, Renée ! Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />