Coupure de courant

Publié le par Eryndel Lùvalan

Le 3 avril 2010

 

 

C'était le pire jour de sa vie. Jusque-là, elle avait toujours vécu dans le bonheur, mais à présent... Il s'était produit trop d'événements en peu de temps. Trop d'événements troublants. Dans son coeur, une explosion de douleur. Dans sa tête, une débauche d'éblouissements obscurs. Dans tout son corps, une faiblesse nauséeuse. Et les raisons de ce malaise profond qui la torturait de ses épines chauffées à blanc se confondaient et se brouillaient indistinctement, si bien qu'elle n'était plus capable de les énumérer avec précision. Qu'est-ce qui, au juste, avait bien pu susciter une telle douleur ? Plus elle y réfléchissait, plus l'obscurité s'épaississait dans son esprit. Tout ça pour... pour quoi ?

 

Pour... pour... elle cherchait, mais en vain...

 

« Giselle ? »

 

Ha. Sa cousine. Sa voix lui paraissait étrangement lointaine, sans résonnance, comme des bruits étouffés par un brouillard épais.

 

« Giselle, tu pourrais répondre quand je te parle. »

 

Répondre... répondre quoi ? Elle n'avait pas saisi un mot de ce qu'on lui avait dit. De plus, quand bien même elle aurait voulu répliquer, elle en était incapable. Sa voix était prise dans une gangue de glace. Elle jeta un regard vide sur cette femme aux yeux noisette et aux cheveux ébouriffés qui émettait des sons incompréhensibles. Elle avait plus important à faire que de se préoccuper de ça. Il fallait qu'elle trouve la raison de sa douleur. Rien d'autre n'avait d'importance. Elle s'enfonça dans la réflexion, se coupant auditivement de ce qui l'entourait. Silence. L'opportune – qui était-ce, au juste ? - bougeait les lèvres, écarquillait les yeux, fronçait les sourcils, gesticulait, mais Giselle n'entendait rien. Si elle n'avait pas été si occupée à démêler l'écheveau des causes de son mal, elle en aurait souri... Mais pour l'heure, cela la distrayait de son but. Avec agacement, elle ferma les yeux. Enfin tranquille... Malheureusement, la douleur n'en était que plus aigüe. Son âme, lacérée par le fouet aux crochets de feu du traumatisme, gémissait et se tordait... Comment réfléchir dans ce cas-là ? Les raisonnements logiques se délitaient, les souvenirs se dissipaient... et elle, Giselle, courait en vain après eux : quand, les croyant à portée, elle tendait la main, ils se muaient en cendres noires et poisseuses.

 

Quelque chose en elle s'était brisé... mais quoi ? Il s'agissait très certainement d'un élément important de sa constitution, mais... lequel ?

 

Une sensation d'humidité sur sa joue vint la distraire. Les larmes qui lui coulaient entre les paupières depuis la terrible nouvelle lui desséchaient les yeux. Elle les essuya. Une nouvelle rivière vint remplacer la première. Ne pouvait-elle donc pas réfléchir en paix cinq minutes ? Au fait, cela faisait-il vraiment cinq minutes qu'elle fouillait en elle-même pour déterminer la cause de sa dépression ? Oh, et puis qu'importait après tout ? De nouveau, elle leva une main pour sécher ses larmes. Son bras était lourd. Elle renonça à le lever. De toute façon, elle ne sentait plus rien, bien qu'elle fût certaine d'être toujours en train de pleurer. Elle ne sentait plus même ses vêtements un peu rugueux, ni même son propre corps. Bon. Un obstacle de moins sur le chemin de la vérité. Il ne restait plus que la douleur mentale et ... cette vérité que la jeune femme cherchait à atteindre. Que s'était-il passé...? Mais les cendres parasites continuaient de la détourner de son but. Quelles étaient les pensées qu'elle avait constitué autrefois ? Impossible de le savoir... Un doute atroce lui traversa soudain l'esprit – enfin, ce qu'il en restait - et si... si elles étaient les restes de ce qu'elle cherchait ? Si elles étaient la réponse à son interrogation ? Alors...alors elle n'avait aucun espoir de voir guérir sa peine sans nom ?

 

Brûlure atroce. Son coeur se mit à cogner la cage thoracique avec une violence inouïe. Mais si, il restait un moyen d'y mettre fin... Et Giselle, désespérée, y recourut sans hésiter.

 

 

Coupure de courant.

 

tristesse-f27fbd.jpg

Publié dans textes brefs

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
<br /> <br /> Tu as de très beaux écrit, ton univers me plait! <br /> <br /> <br /> Bonne continuation je viendrais te lire<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
E
<br /> <br /> Merci, je suis ravie que mes écrits te plaisent ! Il est toujours rassurant de savoir ce que valent les écrits que l'on crée. Bonne journée !<br /> <br /> <br /> <br />
P
<br /> <br /> Bonjour!<br /> <br /> <br /> Quel beau texte! J'en ai des frissons. C'est si bien pensé, la coupure de courant! Bravo! Réalité très habilement décrite...<br /> <br /> <br /> Bonne journée!<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre