La nuit de l'étrange (13)

Publié le par Eryndel Lùvalan

Nils suivit Mme Elohim dans un vestibule dallé de carreaux en terre cuite d'inspiration médiévale. Au-dessus de lui, les poutres sombres étaient apparentes et contrastaient avec la blancheur du plâtre qui recouvrait uniformément le plafond et les murs. Sur la droite, une ouverture en arceau donnait sur un vaste salon. La décoration et l'ameublement de cette pièce donnaient à Legris l'impression d'être transporté au Moyen-Âge. Il se serait presque attendu à ce que les livres qui se pressaient sur une étagère soient de précieux volumen enluminés, mais non ; il s'agissait de banals livres de poche.

Se tournant vers lui, son hôtesse lui indiqua poliment un siège. Tandis qu'il s'asseyait précautionneusement sur ce siège d'une autre époque, Mme Elohim entama la conversation :

"Hé bien, monsieur... Legris, qu'est-ce qui vous amène ? Pourquoi vouloir nous interroger, mon mari et moi ? Nous avons suivi l'affaire dans le journal, bien sûr, mais... nous en savons moins que vous sur les événements.

- Madame, vous faites partie de ceux qui sont arrivés peu avant que les disparitions ne commencent. Il est donc de mon devoir de vous interroger, afin de voir...

- Nous n'avons rien à voir avec cette histoire, lança une voix grave et froide derrière lui.

Nils se retourna, pour voir, dans l'embrasure d'une porte, l'homme qu'il avait surpris quelques instants plus tôt à embrasser une femme sur son perron.

- Monsieur Elohim, je présume ? demanda-t-il lentement. Ecoutez, monsieur, je ne fais que mon travail. Je ne vous soupçonne de rien pour le moment. En tout cas, rien qui ne soit en rapport avec l'affaire qui me concerne. Malgré tout, vous faites partie des éventuels suspects.

- Bah ! Et pourquoi cela, donc ? Parce que nous sommes arrivés avant le début des crimes ? Ha ! Comme si quelqu'un d'établi dans c'te bled pourri depuis des plombes pouvait pas avoir pété un câble tout à coup !

Face à la désinvolture grossière du personnage, Legris sentit la colère l'envahir. Non. Rester calme. Inspire. Expire. Cet homme se sent agressé, pas étonnant qu'il réagisse ainsi. 

L'inspecteur dévisagea en silence son interlocuteur, et s'obligea à détailler mentalement ses traits pour que l'énervement retombe : brun, de petite taille, l'air nerveux, les yeux brillants, il paraissait être un homme d'action plutôt que de plume. Pas étonnant que ses poèmes n'aient eu aucun succès, décida Nils. Enfin calmé, il rétorqua :

- Ce n'est pas la seule raison pour laquelle j'ai décidé de vous interroger, monsieur.  J'ai appris que vous aviez écrit un certain nombre de poèmes ésotériques. Or, sur les lieux du dernier crime, j'ai découvert un pentacle inachevé. Il était accompagné d'une inscription en mauvais latin, "Sanguis sanguinem appellat". Est-ce que ça vous dit quelque chose ?

Depuis son siège, Mme Elohim pâlit. Son mari, qui s'apprêtait à dire ses quatre vérités à l'inspecteur trop soupçonneux à son goût, le remarqua et lança, avec un rire sec :

- Ne faites pas attention, ma femme est prof de latin dans un collège du coin. Alors, ça la révolte !

- Je comprends, murmura Nils, qui trouvait malgré tout que cela n'expliquait pas tout.

- M'étonnerait. Avec vot'sale mentalité d'flic, vous d'vez vous dire que c'est pur mensonge. Qu'importe ! Ecoutez, vous voulez que j'vous dise ? Si ça vous amuse de perdre vot'temps, prenez donc un exemplaire de mon recueil de poèmes et cherchez-y des preuves que j'suis coupab'. Sinon, il vous reste plus qu'à partir fissa. Et maintenant, je file, j'ai pas de temps à perdre : j'ai un rendez-vous chez le dentiste. Le docteur Evezy, si vous voulez tout savoir. Hésitez pas à vérifier auprès d'lui que j'y suis bien allé, si vous vous méfiez tant !

 

L'homme traversa le salon à grands pas, et bientôt, la porte d'entrée claqua, avant que le bruit d'un moteur qui démarrait en trombe ne résonne dans la rue.

Nils reporta son attention sur Mme Elohim. Elle lui sourit d'un air gêné :

- Veuillez excuser mon mari, le travail le rend dingue, ces derniers temps.

- Ce n'est rien, madame.

- Peut-être, mais il doit vous paraître bien suspect, du coup... soupira-t-elle.

Se levant, elle alla droit à l'étagère et en sortit un livre qu'elle tendit à Legris.

- Tenez, inspecteur. C'est son livre... Peu de succès, hélas, mais il faut reconnaître que la poésie n'est plus tellement lue, de nos jours.

- Merci. Bien, je vais vous laisser. Je ne voudrais pas vous importuner plus longtemps.

- Vous n'avez rien appris de bien constructif, du coup, n'est-ce pas ? En tout cas, ce fou dérangé que vous traquez est très mauvais en latin. 

- Effectivement, Madame."

Après l'avoir poliment saluée et avoir prévenu qu'il reviendrait rendre le livre quand il l'aurait terminé, Nils Legris partit, à nouveau démotivé et frustré. "Espérons qu'Angelica aura eu plus de chance que moi..." mâchonna-t-il.

Publié dans La nuit de l'étrange

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T
<br /> <br /> Bonjour Eryndel<br /> <br /> <br /> 9a va j'ai cru qu'avec mon retard j'aurais au moins 2 ou 3 épisodes de retard mais non tu as été très gentil de t'adapter à mon retard <br /> <br /> <br /> Mon antipathie pour M Elohim ne fait que s'emplifier<br /> <br /> <br /> Bon Mercredi<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> Tony Yves<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Bonjour Tony Yves !<br /> <br /> <br /> Rassure-toi, je n'écris plus tous les jours, mais seulement tous les deux jours afin de laisser le temps aux lecteurs de le découvrir, mais aussi parce que j'ai beaucoup de travail en ce moment.<br /> <br /> <br /> Monsieur Elohim est un bien curieux personnage, en effet !<br /> <br /> <br /> Bonne soirée.<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> <br /> Bonsoir Eryndel,<br /> <br /> <br /> Voilà une petite avancée dans la recherche de suspect... Ou tout au moins dans ce que réservera la lecture du recueil de poésies ésotériques.<br /> <br /> <br /> Je suis curieuse de savoir ce que ces poèmes peuvent bien raconter. Leur auteur ne me semble pas vouloir vraiment coopérer.<br /> <br /> <br /> A bientôt.<br /> <br /> <br /> Amitiés,<br /> <br /> <br /> Cathy.<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Bonsoir Cathy,<br /> <br /> <br /> Cet homme a peur. Etre soupçonné de meurtre a de quoi rendre nerveux, sans compter cette femme qu'il voit en secret. Quant aux poèmes, tu les découvriras demain ! En partie, du moins.<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> <br /> Bonjour Eryndel, un petit coucou en passant, bonne continuation :-)<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Merci Joëlle ! Bonne contianuation également :)<br /> <br /> <br /> <br />
É
<br /> <br /> Bonjour Eryndel,<br /> <br /> <br /> Ah, les gens n'aiment pas que la police viennent mettre son nez dans leurs histoires, la police rentre et tout de suite les commérages vont aller bon train...<br /> <br /> <br /> Bonne continuation...Amitiés...écéa.<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Bonjour Ecéa, <br /> <br /> <br /> Effectivement ; et du coup, comment savoir s'ils sont coupables ou juste plein d'à priori face à la police ? Demain, nous en saurons un peu plus.<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />
R
<br /> <br /> C'est passionnant Eryndel tu vois que tu écris très bien...Bizzzzzzzzzz<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Merci Renée ! Mais j'attends de savoir si j'arriverai à l'achever avant de me juger. Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />